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08-19-2005
Afghanistan: Entre pacification à l'américaine, une néo-guerre civile et le chaos


Afghanistan, Controverses des élections: vers un avenir incertain …

Said Ahmad Khaled MADJROUH.

Presque un an après l'adoption aux forceps de la 7eme Constitution afghane au contenu controversé en décembre 2003, l'élection présidentielle a enfin eu lieu le 9 octobre 2004 ; coûteuse élection s'il en est ; la bagatelle de 200 millions de dollars engloutie dans l'exercice. A titre indicatif, officiellement le budget annuel de l'Etat afghan est évalué à environ 300 millions de dollars. Parmi les 18 candidats en lice, Hamed Karzai déjà au pouvoir depuis la fin de l'année 2001, d'abord chef de l'Administration Provisoire (6 mois), puis celui du Gouvernement Transitionnel (18 mois), a été finalement reconduit en principe pour cinq ans au poste du président de la République Islamique d'Afghanistan, avec un peu plus de 54% des suffrages exprimés.


C'est avec sagesse et une véritable conscience politique nationale que les Afghans se sont rendus aux urnes, dans le calme et la sérénité, pour élire le candidat de leur choix. La participation en elle-même était d'autant plus importante et symbolique que c'était la première fois dans l'histoire politique du pays, que les Afghans pouvaient choisir leur chef d'Etat par élection au suffrage universel direct a bulletin secret !

D'après les chiffres émanant de l'UNAMA (bureau politique de l'ONU en Afghanistan), sur plus ou moins 10 millions et demi d'inscrits en possession de la carte électorale, 8 millions 125 000 ont participe au vote. Cependant, les communiqués de l'ONU concernant les chiffres et les rapports de situation, doivent être pris et étudiés avec beaucoup de circonspection et de vigilance. Car, d'une part, il n'y a jamais eu pendant les trente dernières années et il n'y a toujours pas de mise en place d'une vraie procédure fiable et sérieuse du recensement en Afghanistan. D'autre part, la très bureaucratique, lourde, lente et onéreuse Organisation des Nations Unies sous la pression directe des Etats-Unis d'Amérique et de ses Allies, essentiellement européens, a organisé la campagne d'inscription et de sensibilisation a l'élection présidentielle dans la précipitation et dans l'incohérence. Obnubilée par l'obtention d'un résultat rapide, positif et par conséquent bâclé, elle a outrepassé, voire occulté les évidentes réalités sociales et démographique afghanes. Sans cette hystérique pression politico-militaire et si le processus électoral avait été suivi intelligemment et normalement, en respectant les données sociologiques afghanes, le pays aurait très certainement et plus massivement participé à ce scrutin présidentiel. Il eut été nationalement un événement politique marquant, vraiment représentatif de l'expression populaire en Afghanistan.


Hamed Karzai a mis laborieusement plus de six semaines pour constituer son gouvernement. Quand il rend finalement public les noms des 25 ministres qui constituent son cabinet, il parait de nouveau clair que le jeu infernal de les concessions politico-politiciennes en vigueur depuis les Accords de Bonn de décembre 2001, a encore largement primé sur les cruciaux et fondamentaux intérêts nationaux. Par ailleurs, ce "nouveau" pouvoir exécutif n'a aucun plan de stratégie économique, éducative, politique ou sociale. Aucun respectable agenda d'Etat qui puisse exprimer les priorités d'action, le plan de travail et d'intervention de ce gouvernement face a l'immense marasme de difficultés en Afghanistan, n'a été précisément, clairement et fermement formulé. Rien de concret, aucune projection stratégique, politico-economique tangible et digne de foi et de confiance pour l'avenir du pays !


Karzai et son équipe, a l'instar de leurs opposants,( toutes les composantes des Accords de Bonn : ex-Alliance du Nord du feu commandant Massoud, courant de Rome autour de l'ex-Roi Mohammad Zaher, conglomérat épars des ex-Moudjahiddine des deux pays riverains et "technocrates" de la diaspora afghane en Europe et en Amérique du Nord), n'ont absolument pas saisi le vrai message délivré par les Afghans lors de l'élection du 9 octobre 2004 : A savoir, qu'au lendemain de sa victoire électorale, Karzai devait rapidement constituer sans perdre inutilement du temps, un gouvernement au cabinet restreint et homogène ayant l'esprit d'équipe, composé d'éléments nationaux, compétents et actifs. Fort de sa légitimité presque populaire de 54% de suffrage exprimés, il devait déclarer haut et fort le contenu et les priorités de son plan quinquennal d'action gouvernementale. Ensuite agir courageusement, méthodiquement et réellement. Karzai à ce moment précis, pouvait brusquer les choses avec un succès certain. En absence d'un parti/mouvement politique solide qui eut pu le soutenir, il avait la grande force légitime de la majorité sortie des urnes en sa faveur. En passant, il est bon de utile de remarquer que ce genre de parti politique fort, représentatif d'une grande partie d'opinion publique n'existe toujours pas en Afghanistan…

En ce qui concerne les perdants de cette élection, ils ont prouvé depuis presque un an leur incapacité à constituer un courant ou un rassemblement politique national digne de ce nom qui puisse faire d'eux, peut-être un jour, des protagonistes valables pour les éventuelles futures élections. Ils ne savent et ne comprennent même pas le rôle que doivent jouer les opposants politiques face au régime élu. Ceci est d'autant plus consternant à observer, qu'ils avaient quasi tous participe à l'élaboration de la feuille de route de Bonn en décembre 2001 et qu'ils ont par la suite oeuvré en ce sens et approuvé la mise en place de l'actuel régime à Kabul. Funestes luttes intestines et personnelles, afin de maintenir un pouvoir parcellaire, essentiellement mercantile, largement fondé sur les négoces illicites, illégaux, transactions troubles, production de la drogue, usurpation et utilisation de la force, sous tendent grandement le fond de leurs actions politiques d'apparence.


Le 18 septembre prochain de cette année 2005, auront finalement lieu les élections législatives pour constituer des Assemblées provinciales d'une part, le Parlement National bicaméral à Kabul d'autre part. C'est-à-dire le parlement composé de la Welossi Jergah, ou la chambre des députés avec 249 sièges, et de la Meshrano Jergah, ou le Sénat, composé de 68 sièges dont la moitie est nommée par le chef de l'exécutif. Plus de 5 800 candidats se sont lancés dans cette campagne du scrutin législatif qui a été retardée de presque un an. Or, d'après les règles prescrites dans la nouvelle Loi fondamentale, le calendrier des élections présidentielles et législatives est fixé presque dans le même temps. Cette fois l'UNAMA réclame le chiffre de 178 millions de dollars pour pouvoir couvrir les dépenses occasionnées par ces dernières élections. Les derniers communiqués de cet organisme unosien, font savoir que 12 millions et demi d'Afghans se sont inscrits et sont munis de la carte d'électeur.

Ce qui est important de savoir pour le pays, c'est d'une part, la nature même de la composition de ce Parlement, et d'autre part, son vrai rôle effectif dans la vie politique:

- Devant la force arbitraire et la violence exercée par les riches ex-chefs de guerre, barons de la drogue et devant les assassinats perpétrés contre des candidats à la députation, combien de vrais représentants des différentes communautés afghanes pourront-ils y accéder?

- Dans une atmosphère de guerre accompagnée d'une insécurité de fait sans cesse grandissante, opposant d'un côté, l'armée américaine et ses Alliés et de l'autre, les groupes combattants communément appelés Taleb et autres maquis armés, quel sera le poids de la représentativité légitime de ce parlement ?

- Face à un pouvoir exécutif hybride et déraciné et également face a un pouvoir judiciaire vétuste et corrompu, quel sera le pouvoir réel de ce parlement pour a la fois veiller concrètement a l'application des lois dans le pays et conseiller au fonctionnement d'une bonne gouvernance ?

Au-delà du déroulement des deux élections, il faut rappeler que l'écrasante mainmise militaro-politique de Washington sur la destinée nationale afghane, met historiquement en cause la légitimité nationale de l'actuel pouvoir politique en Afghanistan. Et qu'espérer ou que penser dans le contexte de la domination brutale et sanglante des Etats-Unis d'Amérique, de la portée présente et ultérieure des deux élections conduites dans l'ombre étouffante, oppressante et dangereuse de la bannière étoilée ? A titre d'information, il faut noter qu'en Afghanistan, aujourd'hui, l'effectif militaire de l'US Army est estimé a 23 000 soldats et celui de l'ISAF (Force Internationale d'Assistance à la Sécurité, composée des armées de plus d’une quarantaine de pays, sous le commandement direct de l'OTAN depuis le 11 août 2003), est évalué à 12 000 militaires. Les USA et leurs Allies directs ont férmement décidé d'accroître l'autorité du commandement de l'OTAN, tout en lui permettant a déployer rapidement et largement ses forces armées, cette fois vers l'Ouest, le Sud et l'Est afghans.

En résumé, un véritable régime politique et un système d'Etat dont les rouages et fonctionnement ne sont pas honnêtement issus de la société elle-même et ne prennent pas racine dans les méandres historiques, culturels et sociopolitiques de l'anthropologie de l'entité nationale, ne peuvent pas être durablement viables, acceptables, libres, voire équitables et encore moins prétendre à être démocratiques. Faut-il encore que ce type de vrai Etat national se dote d'un régime politique enraciné, puisse avoir la capacité d'évoluer en son temps et de lutter intelligemment dans la perspicacité et la clairvoyance, afin d'assurer l'intégrité territoriale et la réelle souveraineté nationale.



Kabul, le 1er septembre 2005.

Said Ahmad Khaled MADJROUH.

Professeur
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