|
News
- Opinion - Analysis
|
||
| Autres articles par Prof. Khaled Madjrouh: 08-19-2005 Afghanistan: Entre pacification à l'américaine, une néo-guerre civile et le chaos |
Afghanistan, Controverses des élections:
vers un avenir incertain … Said Ahmad Khaled MADJROUH.
D'après les chiffres émanant de l'UNAMA
(bureau politique de l'ONU en Afghanistan), sur plus ou moins 10
millions et
demi d'inscrits en possession de la carte électorale, 8 millions
125 000 ont
participe au vote. Cependant, les communiqués de l'ONU
concernant les chiffres
et les rapports de situation, doivent être pris et
étudiés avec beaucoup de
circonspection et de vigilance. Car, d'une part, il n'y a jamais eu
pendant les
trente dernières années et il n'y a toujours pas de mise
en place d'une vraie procédure
fiable et sérieuse du recensement en Afghanistan. D'autre part,
la très
bureaucratique, lourde, lente et onéreuse Organisation des
Nations Unies sous
la pression directe des Etats-Unis d'Amérique et de ses Allies,
essentiellement
européens, a organisé la campagne d'inscription et de
sensibilisation a l'élection
présidentielle dans la précipitation et dans
l'incohérence. Obnubilée par
l'obtention d'un résultat rapide, positif et par
conséquent bâclé, elle a
outrepassé, voire occulté les évidentes
réalités sociales et démographique
afghanes. Sans cette hystérique pression politico-militaire et
si le processus électoral
avait été suivi intelligemment et normalement, en
respectant les données
sociologiques afghanes, le pays aurait très certainement et plus
massivement
participé à ce scrutin présidentiel. Il eut
été nationalement un événement
politique marquant, vraiment représentatif de l'expression
populaire en
Afghanistan.
En ce qui concerne les perdants de cette élection,
ils ont prouvé depuis presque un an leur incapacité
à constituer un courant ou
un rassemblement politique national digne de ce nom qui puisse faire
d'eux, peut-être
un jour, des protagonistes valables pour les éventuelles futures
élections. Ils
ne savent et ne comprennent même pas le rôle que doivent
jouer les opposants
politiques face au régime élu. Ceci est d'autant plus
consternant à observer,
qu'ils avaient quasi tous participe à l'élaboration de la
feuille de route de
Bonn en décembre 2001 et qu'ils ont par la suite oeuvré
en ce sens et approuvé
la mise en place de l'actuel régime à Kabul. Funestes
luttes intestines et
personnelles, afin de maintenir un pouvoir parcellaire, essentiellement
mercantile, largement fondé sur les négoces illicites,
illégaux, transactions
troubles, production de la drogue, usurpation et utilisation de la
force, sous
tendent grandement le fond de leurs actions politiques d'apparence.
Ce qui est important de savoir pour le pays,
c'est d'une part, la nature même de la composition de ce
Parlement, et d'autre
part, son vrai rôle effectif dans la vie politique:
- Devant la force arbitraire et la violence exercée
par les riches ex-chefs
de guerre, barons de la drogue et devant les assassinats
perpétrés contre des
candidats à la députation, combien de vrais
représentants des différentes
communautés afghanes pourront-ils y accéder?
- Dans une atmosphère de guerre accompagnée
d'une insécurité de fait sans
cesse grandissante, opposant d'un côté, l'armée
américaine et ses Alliés et de
l'autre, les groupes combattants communément appelés
Taleb et autres maquis armés,
quel sera le poids de la représentativité légitime
de ce parlement ?
- Face à un pouvoir
exécutif
hybride et déraciné et également face a un pouvoir
judiciaire vétuste et
corrompu, quel sera le pouvoir réel de ce parlement pour a la
fois veiller
concrètement a l'application des lois dans le pays et conseiller
au
fonctionnement d'une bonne gouvernance ? Au-delà du déroulement des deux
élections, il faut rappeler que l'écrasante
mainmise militaro-politique de Washington sur la destinée
nationale afghane,
met historiquement en cause la légitimité nationale de
l'actuel pouvoir
politique en Afghanistan. Et qu'espérer ou que penser dans le
contexte de la
domination brutale et sanglante des Etats-Unis d'Amérique, de la
portée présente
et ultérieure des deux élections conduites dans l'ombre
étouffante, oppressante
et dangereuse de la bannière étoilée ? A titre
d'information, il faut noter
qu'en Afghanistan, aujourd'hui, l'effectif militaire de l'US Army est
estimé a
23 000 soldats et celui de l'ISAF (Force Internationale d'Assistance
à la
Sécurité, composée des armées de plus d’une
quarantaine de pays, sous le
commandement direct de l'OTAN depuis le 11 août 2003), est
évalué à 12 000
militaires. Les USA et leurs Allies directs ont férmement
décidé d'accroître l'autorité
du commandement de l'OTAN, tout en lui permettant a déployer
rapidement et
largement ses forces armées, cette fois vers l'Ouest, le Sud et
l'Est afghans. |
|